Esprits

Écailles d’étranges alliums


hantises, possession, subjectivités, consciences, âmes, psyche, geist, mr. pipes, dibbuk, etc...

Notes sur l’intimité et sur la distance.
(via Kairo)


L’intimité est un terme qui est de plus en plus flou, particulièrement avec les connotations d’isolement qu’il a acquis post-covid. “Intimus”, sa racine latine, dénote directemment une relation spatiale.  
    intimus, c’est ce qui est le plus intérieur en une chose donnée
    extimus, c’est ce qui est le plus extérieur en celle-ci

    externus est comparatif - c’est l’exterieur de quelque chose


Si l’on prend le corps humain comme objet de référence, l’extimus serait le bout de nos poils et les autres corps seraient externus. L’intimus est plus dur à cibler... le centre de gravité? Qu’est ce qui est le plus interne, le plus proche de notre noyau? Ou placer la limite entre nos couches intérieures et extérieures?

Presse-ail


“L’esprit, la conscience, l’âme - peu importe le terme - habitent un espace qui a une capacité limitée. 
Même si cet espace peut accomoder des milliards et des millards d’entitées, il finira par se remplir,
et une fois plein, il doit déborder quelque part.”


(paraphrase, traduction d’une traduction

d’un extrait de Kairo [2001, Kyoshi Kurosawa])

Dans Kairo, l’accumulation des fantômes de l’humanité atteint son paroxysme. Les spectres sont pressés hors de leur dimension virtuelle et jaillissent dans notre quotidien par les ports ethernets. Comme pour essayer d’enfermer la fumée, certains tapent les craques de portes et les tours de fenêtres :  Vaines tentatives de sceller l’espace quand l’absolu a des problèmes de plomberie.



La plupart des interprétations de Kairo centrent l’isolement social - thème transparent d’un film qui lie la distance générée par l’internet et l’apocalypse. Pour moi, Kairo touche à l’intimité différemment. Kairo est touchant dans sa froideur. Il fait voir l’espace de plus en plus suffocant que doivent partagent tous les fantômes de l’histoire - tous ces absent qui se compriment et s’empilent entre des murs qui ne tiennent plus. Il fait penser à la manière dont l’espace, qui se presse contre nous, use et racle nos peau comme des roches essayant d’effriter la poussière - aux limites de chacun de nos poils et à la manière dont ils sont écrasés par l’infini qui pousse toujours le vide un peu plus loin.  

Kairo montre que l’espace-entre-les-choses nous maintient dans nos limites.

Le titre original “回路” se traduit par “circuit” évoquant les “boucles”, “systèmes” et autres concepts cybernétique à l’origine de l’horreur du récit. “回 = tour, dénombrement, récurrence, ...” + “路 = passage”. Ce coup d’oeil au titre résume ainsi la prémisse de Kairo dans ses grandes lignes : l’internet, circuit de communication informatique, ouvre le passage entre le monde des esprit et le notre.

 “peu importe la simplicité du dispositif, une fois que le système est complet, il devient autonome... 回路 est activé”

(paraphrase, traduction d’une traduction

d’un extrait de Kairo [2001, Kyoshi Kurosawa])

Peut-être y a t-il ici un jeu de mot avec “Kairō (回廊)”, terme désignant le cloitre des temples boudistes.
Les lieux de cultes semblent avoir ce privilège - nul besoin de se perdre dans des labyrithes etymologiques pour circonscrire leur intimité.
La bordure d’un espace sacré délimite clairement son intimus.





Le dilemme du hérisson est commis à la philosophie en paralipomène sous le nom de Die Stachelschweine par Shopenhauer. Il est probablement popularisé dans la culture japonaise avec la diffusion de l’épisode 02 de Neon Genesis Evangelion (à explorer).
Métaphore intuitive, elle va comme suit :
deux hérissons se collent en réponse au froid d’un monde austère - plus ils s’approchent, plus leurs épines les blessent.

De la simplicité de ce conte émerge un système cybernétique simple - gouvernail qui tend à maintenir une distance équillibrée entre nous : assez proche pour sentir la chaleur de l’autre, mais assez loin pour mitiger la douleur des épines.
Dans Kairo, ce paradigme semble guider l’ensemble des dynamiques sociales.  Yoshisaki, un systématicien, programme une modélisation de la société qui s’en approche :
Des points circulent dans un espace virtuel, guidés par une règle simple :  ils tendent à s’approcher mais disparaissent quand ils se touchent.